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Par : Moulin JN
Publié : 28 octobre 2015
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NO LLORAR / PAS PLEURER


A l’occasion de la sortie en Espagne de son roman Pas pleurer (No llorar), avec lequel elle a obtenu l’an passé le Prix Goncourt, l’auteure française d’origine espagnole Lydie Salvayre a donné une interview au quotidien madrilène El País.
Il est possible de retrouver l’article intégral en V.O. sur le site du journal El País sous le titre « Lydie Salvayre : ″En Francia se censura todo lo que sea popular″ » (taper el pais sur un moteur de recherche, puis cliquer sur EL PAÍS : el periódico global, puis sur CULTURA, puis sur HEMEROTECA et choisir la date du 05 octobre 2015 Tarde ; descendre ensuite la page jusqu’à tomber sur l’article et cliquer dessus), mais en voici une traduction partielle : seuls les passages en lien direct avec le roman où l’écrivaine apparaissent ici. Des éléments qui pourraient être utiles pour mieux cerner deux des sujets proposés pour l’épreuve d’Histoire des Arts de cette année (« Guernica » et « Les affiches de propagande »).


« L’auteure raconte l’histoire de sa mère, exilée républicaine, dans ″No llorar″ (Pas pleurer).


Cela faisait des années que Lydie Salvayre (Autainville, France, 1946) essayait de donner la forme d’un roman à l’histoire de sa mère, une jeune Catalane tentée par l’aventure libertaire dans les années qui ont précédé la Guerre Civile, au moment où elle s’est installée avec son frère anarchiste à Barcelone. Elle y a vécu sa première histoire d’amour et a participé à l’effervescence révolutionnaire avant d’émigrer en France*. Elle y est parvenue suite à la lecture des Grands Cimetières sous la lune, dans lequel l’écrivain catholique et monarchiste Georges Bernanos exprime son malaise face aux atrocités commises par le camp nationaliste, qu’il a d’abord soutenu et dans les troupes duquel son propre fils combattait […].
″Ma mère est morte il y a sept ans, mais je n’arrivais jamais à me décider à raconter son histoire. La lecture de Bernanos m’a réveillée. Ce fut comme si on m’avait donné un coup de poing″ […]. No llorar (Anagrama), avec lequel elle a, l’an dernier, gagné le Prix Goncourt, le plus important des Lettres françaises, a surgi de la confrontation entre le récit de sa mère et le remord exprimé par Bernanos, deux personnages aux antipodes l’un de l’autre qui se retrouvent finalement sur un terrain commun.
Dans le livre, l’auteure reproduit le parler de sa mère, un mélange d’espagnol et de français dans lequel les incorrections et les barbarismes ne manquent pas, qu’elle renvoie au frañol, langue officielle des presque 500 000 exilés républicains dans le pays voisin. Salvayre a voulu lui donner de la dignité. ″Petite, cela me faisait honte d’entendre comment ma mère parlait, mais aujourd’hui cela me passionne. En grandissant, j’ai compris que, au lieu d’estropier le français, elle le convertissait en quelque chose de plus poétique et de plus amusant″, dit-elle […].
L’auteure parle comme elle écrit : un mot en espagnol pour quatre en français. Dans la traduction en castillan, réalisée par Javier Albiñana, les parties en espagnol sont transcrites en gras pour que le lecteur espagnol se fasse une idée de cette langue hybride, inhabituelle dans la narration française, moins ouverte au métissage que d’autres traditions littéraires. Il existe de nombreux exemples d’auteurs qui utilisent le spanglish, comme Sandra Cisneros ou Junot Díaz, sans parler de la littérature postcoloniale de la sphère anglo-saxonne, dans laquelle la langue dominante accepte d’emprunter à la langue dominée. En français, en revanche, les cas sont rares […].
Pendant des années, l’auteure a éprouvé des sentiments contraires à l’égard de cet héritage familial. ″Jusqu’à l’adolescence, les histoires sur la guerre m’ennuyaient énormément″, reconnaît-elle. Salvayre a grandi à Auterive, une petite localité près de Toulouse, à côté d’une communauté d’exilés dans laquelle ″on organisait de grands repas, on racontait des histoires grivoises et où personne n’achetait de meubles″, parce que chacun croyait qu’il finirait par rentrer dans la mère patrie. Quand elle est allée à l’école, elle se souvient d’avoir été ridiculisée parce qu’elle parlait comme ses parents et qu’elle se trompait systématiquement quant au genre des articles, ce tic auquel aucun expatrié n’échappe vraiment entièrement. ″Mais ce sentiment de honte fut un moteur. Il m’a touchée dans ma fierté et m’a poussée à démontrer que je pouvais parler et écrire aussi bien que quiconque″, affirme-t-elle […].
En France, son père était maçon. Il fut un communiste stalinien ″jusqu’au jour de sa mort″, qui n’hésitait pas à gifler ses trois filles si elles osaient critiquer l’Union soviétique. Si Salvayre s’est passé de son nom de jeune fille, Arjona, pour écrire, ce fut en rébellion contre ce père autoritaire. Cependant, le protagoniste du livre, c’est sa mère. ″J’ai voulu écrire les histoires, plus teintées de joie que de malheur, qu’elle me racontait. Mon seul regret est qu’elle n’ait pas pu voir ce succès. Elle aurait était très fière, malgré son total désintérêt pour la littérature […].
Après l’obtention du Prix, Pas pleurer est passé de 20 000 à 400 000 exemplaires vendus ».


*Dans un article annexe intitulé « Lydie Salvayre, un Goncourt ni en francés ni en español : en ‘frañol’ » paru le même jour dans le même journal, on indique que « Pas pleurer commence à l’été 1936, au début de la Guerre Civile. Il débute avec le récit personnel de la mère de l’écrivaine, Montse, qui était alors une jeune fille de 15 ans sortie de sa Catalogne rurale, tentée par l’aventure libertaire et amoureuse d’un jeune Français qui lui donnera une fille, avant d’épouser précipitamment un Andalou appelé Diego et de fuir avec lui en France. Devenue une vieille dame de 90 ans, elle transmettra l’histoire familiale à la fille, la narratrice du livre ».